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  Rencontre de parlementaires:
Le 09/09/2008, à l'initiative du conseiller de l'aide à la jeunesse de Verviers, une table ronde entre les Parlementaires et les représentants des secteurs concernés par le bien être des enfants et des familles a vu le jour.

Alain Moreau  directeur du CAP-Verviers et vice président du CAAJ,  Alain Lising, directeur du SVAG et Marie Dominique Buchet,  directrice du service famille d'accueil ont eu l'occasion de représenter le secteur de l'aide à la jeunesse lors de cette rencontre. Vous trouverez ci bas, une partie de cette interpellation...

Véronique Bonni (PS), Pierre-Yves Jeholet (MR), Yves Renkin (Ecolo), RenéThyssen (CDH excusé), Melchior whatelet (CDH), Marc Elsen (CDH), Jean-Claude Meurens (MR) on assistés à cet échange...

 
Jeunes : Priorité à la prévention et à l’éducation

 Le secteur de l’aide à la jeunesse a été ces dernières années ébranlé par des faits divers dramatiques qui ont conduit nombre de citoyens et d’élus a vouloir durcir la loi vis-à-vis des jeunes qui ont commis des faits répréhensibles, a agir dans l’urgence afin de créer de nouvelles structures d’enfermement pour jeunes, a prôner le déploiement de force de l’ordre ou encore a introduire des responsabilités nouvelles pour les parents…autant de signes d’un positionnement sécuritaire qui nous semble peu compatible avec un principe majeur selon lequel l’éducation, en ce qui concerne les jeunes au moins, passe avant la répression.

Dans ce contexte difficile, il semble important de rappeler le sens des actions des services de l’aide à la jeunesse. La défense d’une stratégie à long terme d’une véritable politique éducative, l’attachement à la loi sur la protection de la jeunesse (1965) et le soutien au décret de l’aide à la jeunesse (1991) constituent les socles des actions menées.

Il faut se rappeler que le jeune, face à la justice, a bénéficié de tous temps, d’un statut particulier. La loi de 1965 sur la protection de la jeunesse, qui fait l’objet de nombreuses remises en cause, permet la prise en compte de la personnalité du mineur, de son environnement et donne la primauté à l’éducatif sur le répressif. Elle considère l’actez délictueux comme révélateur d’une souffrance. Aussi donne-t-elle la priorité sur le traitement de cette souffrance avant de faire répondre le mineur de ses actes. Pas question d’absoudre le jeune mais bien de considérer que la réponse ne doit pas être forcément carcérale.

La suppression au 01.01.02 de la détention des mineurs en prison affirme cette priorité et bien d’autres mesures existantes (travaux d’intérêts généraux, placements en IPPJ, médiations…) à la disposition des juges de la jeunesse, ont des portées plus éducatives que la prison, lieu d’exclusion par excellence. De plus, le juge de la jeunesse dispose, contrairement aux autres magistrats, de la capacité d’adapter dans le temps la nature des mesures prononcées. C’est une chance de pouvoir s’appuyer sur un texte de loi qui ne confère aucune immunité au jeune mais qui reconnaît sa minorité d’âge et son « éducabilité ».

Dire que les mineurs échappent à la justice est une erreur et vouloir répondre à l’inquiétante insécurité notamment par une remise en question des principes de cette loi, c’est la porte à de vilaines dérives.

Si les thèmes de l’insécurité, de la violence et de la délinquance des jeunes nous interpellent légitimement, il nous appartient de résister aux mauvaises réponses. Il faut rendre à la prévention et à l’éducation leur primauté et accorder tous les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.

Si dès les prémices d’un dysfonctionnement familial ou les premiers symptômes de difficultés scolaires ou encore dès les premiers comportements délictueux, une aide éducative se mettait en place, il est fort probable qu’un grand nombre de mineurs disparaîtrait des statistiques de la délinquance ou de l’aide à la jeunesse. Des premières incivilités aux premières transgressions de la loi pénale, s’écoule un temps non négligeable durant lequel l’action éducative peut intervenir.

Le mineur est par définition un être en devenir et pas totalement conscient de la portée de ses actes et de ses décisions…sinon pourquoi ne pourrait-il participer au suffrage universel.

Pour sa part, l’Etat s’est donné une obligation éducative qui ne se limite pas à l’obligation scolaire. La loi de 1965 relative à la protection de la jeunesse et le décret de l’aide à la jeunesse de 1991 prévoient tantôt des mesures à visées éducatives tantôt une aide sociale et éducative afin de favoriser l’épanouissement personnel du jeune dans son environnement.

Il s’agit de favoriser la construction de futurs citoyens responsables qui soient en capacité de comprendre  pour agir et d’agir pour changer. L’éducation est une démarche qu’on construit, qu’on évalue et qu’on corrige. On éduque pas en prononçant des verdicts, en mettant en échec, en enfermant, en valorisant les « meilleurs » et en discréditant les autres. On éduque en faisant émerger un projet personnel pour chacun, en valorisant les progressions, en mettant en confiance, en faisant confiance, en faisant des choses avec les jeunes. On éduque, enfin, en mettant le jeune en position de responsabilité, en situation d’autonomie progressive, en exercice de la citoyenneté en lui permettant de s’exprimer et non en le faisant taire. L’éducation n’évite pas les conflits, elle leur donne du sens. La crise identitaire de l’adolescence est génératrice de conflits nécessaires pour la construction de l’adulte en devenir ; elle perturbe les adultes : l’adolescent critique ses parents et veut changer la société. Pour s’affrmer, il lui nest nécessaire de transgresser ; le lieu de transgression dépendra des limites et des interdits qui lui sont posés.

Si le conflit est nécessaire pour grandir, la violence est souvent le fait de ceux qui n’ont pas accès au conflit socialisé. Le jeune délinquant cherche une reconnaissance qu’il peut avoir dans son groupe de pairs quand il ne la trouve pas ailleurs. Le regard des autres est essentiel : s’il est valorisant, il le construit ; sinon, il le détruit.

La question des jeunes doit être dédramatisée et « décatégorisée ». La jeunesse n’est pas un handicap mais un moment d’expression quelque fois maladroite et parfois violente. Violente vis-à-vis de son environnement c’est vrai, mais aussi, et cela dérange moins la société bien que fréquente, violente vis-à-vis de lui-même (suicide, prostitution…).

La délinquance des mineurs doit nous interpeller mais il faut veiller de ne pas apporter de fausses réponses, ni de généraliser des situations particulières.

A ce titre, l’image qu’est véhiculée de la jeunesse, notamment par la Presse peut entraîner chez les personnes les moins en contact avec les jeunes ou plus fragilisées (les personnes âgées par exemple) des attitudes de crainte et de rejet.

Il faut que le public sache que les mineurs ne représentent qu’une part de la délinquance mais qu’ils paient eux aussi un lourd tribu de la délinquance et de la violence des adultes à leur égard.

Nous pensons particulièrement aux jeunes victimes d’un environnement adulte défaillant ou maltraitant. Nous pensons aussi aux nombreuses violences institutionnelles et à la multitude de micro-violences qui s’exercent au quotidien et échappent le plus souvent aux regards comme aux sanctions.

Au prisme déformant des faits rapportés par les médias, ne gonfle-t-on pas l’importance de l’insécurité dont sont porteurs les mineurs au détriment de celle qu’ils ont à subir ?


La société éducative ne serait-elle plus notre projet commun ?

Les politiques publiques ne peuvent se définir dans l’urgence en réponse aux contingences politiques ou par enjeu électoral.

Il nous appartient de conforter, d’adapter et de financer enfin de manière décente notre politique sociale et éducative en matière de jeunesse dans le même temps que nous évaluons les mutations qui traversent notre société.

Des services de l’aide à la jeunesse témoignent de ces mutations…
 
Pour la première fois dans l’histoire, nous sommes obligés de constater que croissance économique ne va plus de pair avec progrès social. C’est un phénomène nouveau dans nos sociétés occidentales ou depuis la révolution industrielle et les mouvements sociaux qui y sont liés, nous avions pu considérer que toujours plus d’activités économiques était la garantie d’un mieux être et d’un meilleur avenir pour nos enfants.

Chez les familles avec lesquelles nous travaillons, nous faisons aujourd’hui l’amer constat que l’emploi n’est plus le principal remède contre la pauvreté.

La question des bas salaires est importante. Les jeunes qui veulent s’installer connaissent une hausse des prix du logement sans commune mesure avec l’évolution des salaires. L’accès à la propriété ou à la location d’un logement devient plus difficile et le pouvoir d’achat diminue de manière sensible.

Ce que nous constatons également, ces dix dernières années, ce sont des conditions de travail de plus en plus précaires et des statuts de travail atypiques (cdd, interim, temps partiel…). Dans cette perspective, les femmes sont particulièrement concernées.

Ajoutons à cela, l’évolution des structures et des trajectoires familiales (divorce, famille recomposée, famille mono-parentale) pour affirmer que la composition du ménage devient un élément de plus en plus important pour identifier des personnes en difficultés.

Les possibilités d’aide apparaissent moins évidente à mettre en œuvre localement auprès de ces personnes. Il est davantage question de solutions d’ordre politique et économique. Qu’il s’agisse de promouvoir un droit à un logement décent et à un prix raisonnable,  un emploi régulier avec un véritable statut,  un travail à temps partiel choisi et non subi,  une protection sociale adaptée aux évolutions des structures familiales…  il apparaît plus difficile d’apporter une aide concrète à ces populations.

Nous pouvons, par conséquent, souligner que si la pauvreté comme résultante d’un processus de disqualification sociale reste plus que jamais d’actualité (en témoignent les chiffres en hausse du nombre de personnes percevant un revenu d’intégration ou équivalent) viennent se greffer de plus en plus de « travailleurs pauvres ».

Autre constat sur lequel nous voudrions insister, c’est le fait que les difficultés des personnes que nous rencontrons et des jeunes notamment sont le résultat d’une interaction entre les caractéristiques personnelles et l’environnement au sens large. Pour garantir égalité et émancipation, deux valeurs fondatrices de l’aide à la jeunesse, il apparaît indispensable d’agir sur l’organisation sociale et économique de la société aussi bien que sur d’autres aspects très concrets de la vie de la société : aménagement du territoire, logement, transport, éducation, santé… Nous sommes unanimes pour dire que notre travail social, aussi spécialisé soit il,  ne peut se concevoir autour de notre seul secteur mais bien au contraire comme un programme politique ayant pour but de mobiliser toute la société et toutes les instances des pouvoirs publics à quelque niveau que ce soit. Les travailleurs sociaux de terrain tiennent à redire aujourd’hui toute la complexité des situations qu’ils rencontrent et que cette complexité s’accommode mal des spécialisations, des filières de services et des approches segmentées.

L’école reste manifestement au centre de nos interrogations.

Il serait sans doute intéressant de multiplier les initiatives qui visent à faire se rencontrer les travailleurs de l’aide à la jeunesse et les enseignants afin de dresser ensemble la cartographie de nos représentations.

Plus d’un professionnel de l’aide à la jeunesse considère la fréquentation et la réussite scolaire comme un signe de non danger ou en tout cas d’assurance par rapport à des situations éducatives qui pourraient paraître inquiétante.

En conséquence,  le thème du décrochage scolaire (de plus en plus précoce) par exemple peut conduire à la fois à accuser l’école d’être coupable d’un rejet, à regretter le manque d’investissement des parents ou à remettre en question l’obligation scolaire pour tous et jusque 18 ans.

Faire fonctionner le système scolaire paraît « mission impossible ». Nous sommes en tout cas témoins des changements sans cesse demandé à l’école et tentés sur fond  d’une permanence chronique et aggravées des problèmes.

Nous voudrions, ici et maintenant, simplement attirer votre attention sur le fait que l’institution scolaire peut être extrêmement violente vis-à-vis de ceux qui ne maîtrise pas ses codes d’accès ou dont le capital culturel est peu élevé et qui se demandent de quoi il est question exactement.

 

Autre sujet de préoccupation des travailleurs sociaux de l’Aide à la jeunesse c’est l’absence de dynamique collective.

Sur fond d’individualisme grandissant, nous sommes confrontés à des parents et à des jeunes en manque de repères pour qui la consommation devient une valeur refuge.

Les notions de « vivre ensemble », « d’intérêt général », « de bien commun », « de coopération », « de partage », « de vision »…semblent absentes du vocabulaire de ces personnes mais pas seulement de ces personnes.

Et si notre défi était de nous libérer de ces logiques qui tendent à transformer en marchandise toute expression de vie et toute relation sociale pour les réduire à de simples objets d’appropriation privée.

Comme l’écrit PETRELLA dans son dernier ouvrage  « Pour une nouvelle narration du monde» : « La non éradication de la pauvreté sera la mort de l’humanité en tant que communauté sociale. La continuation de la dégradation de l’éco système Terre sera la mort de la planète en tant que maison de l’humanité, ce qui signifierait l’échec de l’économie en tant que règles de la maison.

 

 

 

 
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