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Prévention Générale: |
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La prévention dans l'aide à la jeunesse: un double objet
De multiples recherches ont en effet montré que ceux qui étaient soumis précocement et intensivement à des situations violentes – qui peuvent être de natures très diverses – avaient de fortes “chances” de se faire eux-mêmes porteurs de violence, contre eux-mêmes (toxicomanies diverses, suicide) ou contre les autres. Il s’agit bien de travailler à ce que cette probabilité ne se transforme pas en destin; pour ce faire, il faut s’attaquer aux mécanismes qui permettent ou favorisent une telle reproduction.
En s’appuyant sur la pensée de Pierre Bourdieu, on peut comprendre comment de tels mécanismes peuvent se mettre en œuvre.
Il convient de redire d’abord qu’une fraction importante de la population est soumise à une violence structurelle énorme, économique et sociale: privation d’emploi, désaffiliations diverses, destruction progressive des différents filets de sécurité mis en place par la solidarité collective et publique, etc.
Cette violence structurelle est relayée “activement”, dit Pierre Bourdieu, par une multitude de micro-violences qui s’exercent au quotidien et échappent le plus souvent aux regards comme aux sanctions (d’où l’image de “violences invisibles”): violences intra-familiales, violences institutionnelles (suspicion injustifiée, traitements non équitables, violation des droits, rejet…), ou relationnelles (comme la stigmatisation ou le mépris), et symboliques (comme le “délit de facies”).
Les effets de ces violences invisibles sur les personnes ou les groupes moins favorisés sont considérables. Il arrive malheureusement qu’ils soient tels que leurs victimes ne voient pas d’autre issue à leur situation que de déployer à leur tour des comportements violents, souvent de manière inopportune ou répréhensible: aux violences “invisibles” répondent alors des violences visibles “visiblement répréhensibles”.
Il n’est pas rare que ces comportements “de réponse” soient d’ailleurs brandis pour justifier a posteriori les violences subies (“finalement sa situation n’a rien d’étonnant quand on voit comment il se conduit”). Ce retournement est parfois opéré par les personnes concernées elles-mêmes (“ce qui m’arrive est normal, qui voudrait de quelqu’un comme moi?”): l’étape ultime de l’expérience du stigmate est souvent l’acceptation définitive de son sort, la “naturalisation” de celui-ci.
L’objet de la prévention, défini dans cette optique, est donc double:
- Réduire la quantité globale de violence qui échappe aux regards et aux sanctions (qui) s’exerce au jour le jour, (…) et qui est, en dernière analyse, le produit de la ‘violence inerte’, des structures économiques et des mécanismes sociaux relayés par la violence active des hommes”, pour reprendre les termes mêmes de P. Bourdieu.
- Eviter que les réactions à cette violence globale ne se “traduisent” en réactions inopportunes, aptes par exemple à se retourner contre leurs protagonistes.
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